
CM2 : une évaluation aux vertus très politiques
Emmanuel Davidenkoff – 08:50
On les annonçait désastreux, ils sont finalement conformes à ce qu’on pouvait imaginer…
Et qu’il s’agisse du français ou des mathématiques on observe un belle courbe de Gauss, vous savez ces courbes en forme de cloche qui font apparaître une minorité de résultats aux extrêmes et une majorité dans la moyenne. Avec cette particularité française signalée de longue date par les évaluations internationales, nos courbes sont relativement aplaties extrémités…
Ce qui signifie : « beaucoup de très bons » mais aussi « beaucoup de très fragiles »…
Du côté des très bons : 45% en Français ; 35% en maths ; du côté des fragiles et très fragiles : 25% en Français, 35 % en mathématiques. C’est le signe d’un système hétérogène qui laisse beaucoup d’élèves sur le bord de la route ; phénomène sans doute aggravé sur le terrain par les écarts entre écoles. Si toutes les classes de France comptaient un quart d’élèves fragiles ou très fragiles en Français, on peut faire l’hypothèse que les enseignants parviendraient à les aider mieux que dans la situation actuelle où certaines écoles concentrent bien plus d’un quart d’élèves fragiles ou très fragiles.
Des résultats, en outre, qui cadrent parfaitement avec la politique du gouvernement…
Oui, à tel point que certains comme le syndicat des enseignants Unsa ont pu parler je cite « d’instrumentalisation » et d’une évaluation qui vise seulement – je cite toujours – à « l’autocélébration » de la politique ministérielle. De fait le message du ministère était clair : nous avons eu raison de prévoir deux heures hebdomadaires d’aide personnalisée grâce à la suppression du samedi matin et de proposer des stages de remise à niveau aux élèves de cours moyen.
Plus question en revanche de rendre publics les résultats école par école…
Xavier Darcos l’avait pourtant promis, mais il a reculé pour ne pas mettre d’huile sur le feu. Ses relations avec les enseignants de primaire sont suffisamment dégradées et ces derniers voyaient dans la publicité des évaluations un outil de mise en concurrence des écoles. Chaque école devra néanmoins informer les parents des résultats de ses enfants et de l’école – à charge pour les parents qui le souhaitent de consulter les résultats aux niveaux départemental ou académique.
Cette évaluation est donc une première : elle ne permet pas de savoir si le niveau a baissé par rapport aux années précédentes…
Pour cela, il faut se référer à une autre évaluation, rendue publique en décembre 2008, qui montrait, je cite « une baisse significative des performances des élèves en lecture, écriture et calcul, sur 20 ans ». Une étude signée par la direction de l’évaluation du ministère, dont les travaux ne sont désormais rendus publics qu’au compte-goutte – aucune « note d’information » de ladite direction n’a en effet été diffusée en 2009 et ce n’est pas cette direction qui a mené l’évaluation sur le CM2. A l’évidence, en cette période politiquement et socialement incandescente, l’Education nationale ne communique plus qu’à partir de chiffres qui cadrent à 100% avec son message du moment.
