Publié sur Rue89 (http://www.rue89.com)
Darcos invente avec Villiers l’école “pour honnête homme”
Par Chloé Leprince
Créé 06/13/2009 – 13:55

Un « collège novateur de référence nationale » va ouvrir en Vendée. Ses innovations : internat, tutorat serré et retour des « humanités ».

Xavier Darcos en 2003 (David Mendiboure/Matignon) et Philippe de Villiers en 2005 (Kenji-Baptiste Oikawa/Wikimedia Commons)

Quand le ministre de l’Education phosphore sur le collège du futur, c’est chez Philippe de Villiers qu’il trouve son mentor.

En guise de projet innovant, c’est un pensionnat à l’ancienne façonné par le patron du Mouvement pour la France [1] qui a obtenu le feu vert de Xavier Darcos. Et qui pourrait même essaimer ailleurs en France, malgré son style un poil suranné (pour dire le moins).

C’est Bernard Girard, un riverain dont vous suivez souvent les contributions sur l’éducation [2], qui a alerté Rue89.

Sur le site du rectorat d’académie de Nantes [3], l’info date du 5 juin : entre 2010 et 2012, la Vendée comptera bien un établissement de plus, conforme aux voeux de Philippe de Villiers.

Ce dernier négociait depuis février 2008 auprès du ministère. Après avoir loué la fermeté de Xavier Darcos dans le dossier sécuritaire [4], il a fini par avoir gain de cause.

Une section « humanités classiques, art, culture »

On en sait plus dans le dossier de presse du 18 mai [5], qui acte le lancement de ce projet de « collège novateur de réference nationale » à Montaigu, à deux pas de l’autoroute reliant Nantes à Niort.

Quatre mesures principales pour cette inovation :

  • le tutorat permanent des profs avec passage « de la notion d’enseignement à la notion de présence »
  • l’internat pour six cents élèves pour « changer de logique : de lieu de passage, le collège devient lieu de vie » avec « deux soirées de culture générale » par semaine en vertu d’une « logique d’éducation humaniste »
  • pas de section « sport-études » mais une section « humanités classiques, art, culture » et la priorité aux options latin et grec
  • « l’engagement social personnel » et « l’apprentissage de la générosité » inscrits dans le règlement intérieur, à raison de « une demie-journée par semaine de présence caritative ou humanitaire, par exemple la visite de personnes âgées »

Caricatural ? La prose du rectorat de l’académie de Nantes nous dit que Xavier Darcos a « accepté cette idée avec enthousiasme et détermination ». Le ministère précise que « cet établissement novateur a vocation à valoir d’exemple au niveau national » et qu’il pourrait essaimer en France sur le même concept.

On ignore encore le coût d’un tel établissement car l’étude est en cours. Mais on peut s’interroger sur le feu vert que lui donne Xavier Darcos, alors que jusqu’ici les départements s’en tenaient au financement des locaux, sans incidence sur le contenu pédagogique des établissements.

Villiers voulait des uniformes et un drapeau

Avant d’alerter Rue89, Bernard Girard a exhumé les programmes des candidats à l’élection présidentielle [6] de 2007. Chez Philippe de Villiers, on trouvait le rétablissement de l’uniforme en milieu scolaire et un drapeau tricolore obligatoire sur toutes les cours d’école.

Au service de presse du ministère, on précise qu’il existe des dizaines d’établissements avec des projets éducatifs innovants, et que le latin et le grec existent ailleurs… « même si ce projet est vraiment d’une envergure sans comparaison ». Officiellement, pas de virage réactionnaire en perspective, bien sûr.

Mais Jean-Claude Rouanet, inspecteur d’académie dans la Sarthe, missionné sur le dossier, ne conteste pas le côté « traditionnel » de la chose, mais « avec nuances » :

« Le concept, c’est celui de l’honnête homme, grâce aux humanités classiques. Mais imprégné de modernité avec les ordinateurs et ouvert sur l’international. »

Côté enseignants, certains dénoncent pourtant »une fibre traditionnaliste [7] » qui infuserait dans l’entourage de Xavier Darcos.

Photos : Xavier Darcos en 2003 (David Mendiboure/Matignon) et Philippe de Villiers en 2005 (Kenji-Baptiste Oikawa/Wikimedia Commons)


Liens:
[1] http://www.pourlafrance.fr
[2] http://www.rue89.com/2009/05/21/mineurs-arretes-avant-gout-de-la-police-des-ecole-de-darcos
[3] http://www.ac-nantes.fr/
[4] http://www.rue89.com/2009/05/17/securite-a-lecole-plus-de-pions-ou-plus-de-portiques
[5] http://www.ac-nantes.fr/
[6] http://www.lemonde.fr/societe/article_interactif/2006/10/16/tous-les-programmes_822922_3224_10.html
[7] http://www.rue89.com/2009/01/21/uniforme-a-lecole-darcos-recycle-le-programme-de-lextreme-droite
[8] http://www.rue89.com/2009/01/21/uniforme-a-lecole-darcos-recycle-le-programme-de-lextreme-droite
[9] http://www.rue89.com/tag/darcos
[10] http://www.rue89.com/2009/05/21/mineurs-arretes-avant-gout-de-la-police-des-ecole-de-darcos
[11] http://www.rue89.com/2009/05/17/securite-a-lecole-plus-de-pions-ou-plus-de-portiques
[12] http://www.lemonde.fr/societe/article_interactif/2006/10/16/tous-les-programmes_822922_3224_10.html
[13] http://www.ac-nantes.fr/
[14] http://journaldecole.canalblog.com/

Un collège aux saveurs d’autrefois

Par Pauline Baron / il y a 2 semaines

Le collège du futur ouvrira bientôt ses portes en Vendée, grâce au feu vert accordé par le ministère de l’Education national. Le projet de Philippe de Villiers regorge en effet d’innovations : internat obligatoire, tutorat permanent… le retour du pensionnat à l’ancienne. Malgré un style archaïque, ce collège « pour honnête homme » pourrait essaimer ailleurs en France.

Marche arrière toute : pensionnat et collège d’antan, rangés au placard depuis des années, font leur grand retour dans le système éducatif français. Lorsque Xavier Darcos et Philippe de Villiers unissent leurs forces pour imaginer l’école du futur, le résultat est pour le moins étonnant. Après avoir soutenu le discours sécuritaire du ministre de l’Education nationale, le président du conseil général de Vendée vient d’obtenir le vert du ministère : son  « collège novateur de référence nationale » ouvrira donc ses portes à l’horizon 2010-2012. Xavier Darcos a «accepté cette idée avec enthousiasme et détermination», peut-on lire sur le document de présentation du rectorat. Mais avec son internat obligatoire pour tous, son tutorat permanent… cette école de demain ressemble beaucoup aux établissements que fréquentaient nos grands-parents.

Au programme : grec, latin, culture générale et apprentissage de la générosité
Un brin démodé ce nouveau collège, on peut le dire et pas vraiment en phase avec la situation actuelle. Le concept s’organise autour de quatre points essentiels, tous plus inventifs et modernes les uns que les autres. Tout d’abord, les changements concernent l’organisation même de l’établissement : tutorat permanent exercé par les professeurs, internat obligatoire pour les 600 élèves afin de faire de ce collège «  un lieu de vie » avec « deux soirées de culture générale » par semaine en vertu d’une « logique d’éducation humaniste ». Le programme scolaire et la discipline ne sont pas non plus épargnés. Section « humanités classiques, art, culture », cours de grec et latin valorisés… sont ainsi inscrits au programme. Enfin le règlement intérieur prévoit qu’« un engagement social personnel sera demandé à l’élève, soit un apprentissage de la générosité et du sens de l’intérêt général reposant sur une demi-journée par semaine de présence caritative ou humanitaire, en rendant visite à des personnes âgées ou handicapées ». Des choix très innovants pour un retour vers l’école des années 50. Mais on ignore encore le coût d’un tel établissement, l’étude étant toujours en cours.

Le retour du « pensionnat de Chavagnes »

Le projet de Philippe de Villiers s’apparente à une véritable caricature du pensionnat à l’ancienne, pourtant passé de mode. Ainsi, les cours de langues anciennes (latin et grec) sont désertés par les élèves, au profit d’enseignements plus utiles pour leur avenir comme l’italien, l’espagnol et bien sûr l’anglais… Interrogé par Rue89, Jean-Claude Rouanet inspecteur d’académie de la Sarthe chargé du dossier, approuve le côté « traditionnel » de ce collège du futur, tout en nuançant : « Le concept, c’est celui de l’honnête homme, grâce aux humanités classiques. Mais imprégné de modernité avec les ordinateurs et ouvert sur l’international ». Au ministère, on dément bien sûr le virage réactionnaire de ce projet. Les réactions ne se sont pourtant pas faites attendre sur la toile, où certains ont dénoncé le retour du « pensionnat de Chavagnes ».  Malgré un stylé archaïque, ce collège pourrait faire des petits d’ici quelques années un peu partout un France pour le plus grand plaisir des plus jeunes.  Le ministère précise en effet que « cet établissement novateur a vocation à valoir d’exemple au niveau national ».

On ne peut que s’interroger sur ce feu vert délivré par Xavier Darcos, alors que jusqu’ici les départements s’en tenaient au financement des locaux, sans intervenir sur le contenu pédagogique des établissements. Surtout que Philippe de Villiers n’est pas un modèle en matière d’innovation éducative. Lors de l’élection présidentielle de 2007, son programme prévoyait le rétablissement de l’uniforme en milieu scolaire et un drapeau tricolore obligatoire dans toutes les écoles. Peut-être les prochaines mesurettes du ministère de l’Education nationale pour façonner l’école de demain alors que les problèmes structurels (absence de moyens, classes surchargées…) perturbent toujours le système scolaire français.

L’autonomie rend-elle les enseignants heureux ?

Emmanuel Davidenkoff – 20 juin 2009

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    –> C’est Jean-Paul Brighelli, professeur et auteur du best seller « La fabrique du crétin », qui le rappelle cette semaine sur son blog : la principale réforme que poursuit Xavier Darcos est celle de l’autonomie des établissements.

    Et le ministre de l’Education nationale reçoit de nouveaux soutiens

    Celui de Jean-Paul Brighelli d’abord qui, à certaines conditions, avoue qu’il a changé d’avis ; je le cite : « j’admets aujourd’hui qu’en matière de pédagogie, l’autonomie des établissements peut inciter les collègues, et les conseils d’établissements, à œuvrer pour le mieux. Et même pour le très bien ». Cela montre que les lignes bougent et que la perspective de « la » grande réforme venue d’en haut fait de moins en moins recette. Et c’est exactement ce que montre – dans un tout autre registre – une étude que vient de publier l’OCDE ; elle porte sur les enseignants et sur l’enseignement dans 23 pays…

    Dont la France ne fait pas partie

    Non. Et c’est dommage d’autant que rien ne dit qu’elle aurait mal figuré. Car cette étude montre que les problèmes que rencontrent les enseignants dans l’exercice quotidien de leur métier sont les mêmes partout :
    le temps et l’énergie dévorés par la nécessité de « faire de la discipline » – une tâche qui prend jusqu’à 17% du temps d’enseignement.
    Le manque de reconnaissance lié au manque d’évaluation du travail – la moitié environ des enseignants espagnols ou italiens déclarent n’être jamais évalués.

    Ce qui signifie aussi qu’on ne les aide pas à améliorer leurs pratiques

    Oui. Il y a d’ailleurs, comme en France, une forte demande non satisfaite de formation, notamment autour de questions très concrètes comme les technologies de l’information et de la communication ou bien la façon de « tenir » les classes…

    En quoi l’autonomie des établissements constitue-t-elle une solution ?

    Deux raisons, selon l’OCDE. D’abord elle aide à donner des réponses individualisées, centrées sur les problèmes de enseignants. Ça marche mieux que les réformes globales ou systémiques qui dominent traditionnellement les politiques éducatives. Donner de la souplesse donc. Ensuite là où il y a non seulement de l’autonomie mais aussi un « leadership » fort – en France on dirait un « pilotage » fort – on constate des effets bénéfiques notamment dans les relations enseignants-élèves, dans les relations entre enseignants – le travail en équipe -, et une meilleure reconnaissance de leur travail.

    Les enseignants français ne sont donc pas les seuls à se sentir insuffisamment valorisés

    Non : 75% des enseignants en moyenne, dans les 23 pays étudiés par l’OCDE, sont persuadés qu’ils ne recevront aucune forme de reconnaissance s’ils améliorent la qualité de leur travail ou se montrent plus innovants. Et c’est là que l’étude de l’OCDE et le blog de Jean-Paul Brighelli finalement se rejoignent, autour de l’idée qu’il n’y a plus grand-chose à attendre en matière pédagogique de l’échelon national, que la réforme sera locale ou ne sera pas.

    On peut accéder à cette étude sur le site de l’OCDE (en anglais)…

    Xavier Darcos: le mot de la fin?

    22 Juin 2009 Par claude lelièvre

    Le bilan du ministre de l’Education nationale Xavier Darcos apparaît pour le moins contrasté, même à l’aune de la politique gouvernementale. Cela l’empêchera-t-il d’entrer dans l’Histoire ?

    Il y a tout juste un an, Xavier Darcos pouvait encore faire l’objet d’un article qui le mette bien «en vue» dans un journal tel que Les Echos: «Le ministre de l’Education nationale aborde l’été ragaillardi, au point de compter désormais en haut lieu parmi les élèves les mieux notés de la classe gouvernementale […].» “Ce catholique démontre un sens de l’équilibre très radical-socialiste. Une manière d’honorer le précepte d’Ovide, son maître à penser : ‘’Tenez-vous prudemment entre les deux extrêmes ; marchez au milieu : c’est le plus sûr des systèmes’’ ” ( 16 juin 2008 ).

    Mais, depuis, tout s’est emballé et surtout embrouillé. Le ministre de l’Education nationale se retrouve empêtré dans une série de réformes projetées dont on ne perçoit guère quel est le bilan et encore moins l’avenir.

    Il était question de redéfinir l’école maternelle. Or on ne sait toujours pas où en sont les limites après les valses hésitations concernant la petite enfance et les projets récents de développement de ‘’jardins d’enfants’’ fortement affirmés par Nadine Morano.

    L’ambition était de ‘’rapatrier’’ les ‘’Rased’’. Mais Xavier Darcos a dû interrompre cette opération, sans que l’on sache très bien par ailleurs ce que sont devenus les quelques milliers d’entre eux qui ont dû quitter leurs affectations antérieures.

    Les programmes de l’élémentaire ont été ‘’réécrits’’ ; mais sans que l’on puisse saisir sur le terrain si cela a eu quelques effets notables ( les refus proclamés du mouvement des professeurs d’écoles ‘’désobéisseurs’’ pouvant n’être que la partie émergée d’un front du refus plus silencieux mais non moins déterminé, si l’on juge en particulier par les vives protestations syndicales ).

    L’ambitieux projet initial de réforme du lycée présenté par Xavier Darcos a dû être purement et simplement abandonné ; et le dossier des lycées confié à un autre, Richard Descoing, en vue d’une ‘’reprise à zéro’’. Avec, in fine, pléthore finale de perspectives et de recommandations ( celles du rapport Descoing ; mais aussi celles présentées par la mission parlementaire conduite par Benoist Apparu, sans compter les observations venant des ‘’’expérimentations’’ qui se déroulent dans 123 lycées ).

    On atteint des sommets de pataquès et d’embrouille finale avec le dossier ( certes moins médiatisé, mais o combien important ) de la formation des enseignants. Son application a été reportée de fait à un an (alors qu’elle devait se faire dans l’urgence selon son commanditaire, Nicolas Sarkozy ) sans que l’on sache finalement ce qu’elle sera.

    Ce serait pour quiconque un bilan ‘’difficile’’ voire calamiteux, si Xavier Darcos n’avait à son actif deux grands succès ( politiques ).

    Le premier est qu’il a réussi à faire que la question du collège ( considéré pendant des années comme le ‘’ grand corps malade’’ du système éducatif à traiter d’urgence ) disparaisse complètement de la sphère politico-médiatique où elle occupait pourtant une place de choix. Et il faut reconnaître que ce numéro de prestidigitation ( faire disparaître non les difficultés du collège et les réponses à trouver, mais la question elle-même ) relève du grand art. Le 6 septembre 2007, Xavier Darcos annonçait que le président de la République lui “ avait donné mission de rompre avec le collège unique “, “ oui, on en parle au passé “, avait-il ajouté. Nicolas Sarkozy, dans sa “ Lettre aux éducateurs ” du 4 septembre 2007 avait même “ souhaité que le collège unique disparaisse “. Le “ collège unique ” et ses problèmes n’ont pas disparu. Mais Xavier Darcos a fait disparaître la question posée. Chapeau l’artiste !

    Des réformes avortées ou aux conséquences très incertaines , un coup réussi de prestidigitation ( où le prestidigitateur se retrouve tout autant inaperçu que sa prestidigitation ), c’est bien peu pour un bilan d’avenir ( et pour entrer dans l’Histoire).

    Heureusement ( pour lui ), reste le deuxième coup politique réussi  ( même s’il ne relève d’aucune façon de la réussite éducative ) : fermer définitivement la porte de l’école communale le samedi aux enfants de France. Il n’en faut pas plus pour entrer dans l’Histoire. Et c’est le seul titre qu’il peut faire valoir.

    Les “trois vies” de Xavier Darcos à l’éducation nationale
    LEMONDE.FR | 23.06.09 | 18h34  •  Mis à jour le 24.06.09 | 15h13

    la faveur du remaniement du mardi 23 juin, Xavier Darcos  quitte l’éducation nationale pour devenir ministre du travail. Dans son action à la tête de l’éducation nationale, on peut distinguer trois périodes successives, aux images contrastées : le protecteur des enseignants, le réformateur inflexible, le soldat sacrifié.

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    Le protecteur des enseignants a fait irruption avant même l’élection présidentielle, lorsque le futur ministre, dans un rapport remis en mars 2007 au futur président, recommandait à celui-ci d’annuler le décret par lequel Gilles de Robien tentait de réformer les obligations de service des enseignants. Une affaire mal engagée, estimait M. Darcos, qui se gardait bien, à l’époque, de fustiger le “conservatisme” des syndicats mobilisés contre ce décret.

    Pendant l’été 2007, le ministre met en scène son bras de fer avec Bercy pour limiter le nombre des suppressions de postes en 2008 : le curseur s’immobilise sur onze mille deux cents et les syndicats, FSU en tête, lui sont reconnaissants d’avoir “limité les dégâts”.

    Après une première rentrée tranquille, marquée par l’invitation de M. Sarkozy, dans une lyrique “Lettre aux éducateurs”, à s’engager vers une “nouvelle Renaissance”, M. Darcos, agrégé de lettres classiques, ne manque pas une occasion de se présenter comme l’ami du corps enseignant.

    Aux syndicats, tout en rappelant le caractère inexorable des suppressions de postes, il prodigue les marques de respect, soulignant qu’ils sont, comme lui, des “défenseurs de l’école de la République”. Il place tous ses projets sous le signe de la concertation.

    Réalistes, les syndicats s’abstiennent de rêver au grand soir et entrent dans le jeu des négociations, comme celle qui se profile avec la commission sur l’évolution du métier d’enseignant, présidée par le conseiller d’Etat Marcel Pochard.

    Cette période va s’achever un peu brusquement, en suivant la courbe des sondages sur laquelle le président de la République et le gouvernement dégringolent. Les élections municipales de mars 2008 se présentant très mal, il leur faut, pour ne pas descendre plus bas, remobiliser d’abord leur électorat.

    M. Darcos, qui alternait jusque là les propositions “clivantes” pour séduire la droite (par exemple, la perspective d’un service minimum) et “rassembleuses” (comme la mise en place de “l’accompagnement éducatif” dans les collèges après 17 heures) se met alors à privilégier les premières.

    Il annonce en février 2008, toujours en phase avec le président, le projet d’instaurer dès la rentrée suivante de nouveaux programmes à l’école primaire, tandis qu’il n’évoquait jusqu’alors que des “ajustements”.

    Dès octobre 2007, il avait amorcé une réforme d’ensemble du primaire avec l’annonce de la suppression des cours du samedi à partir de septembre 2008. Les syndicats avaient accepté de s’engager dans ce processus, mais ils sont scandalisés par le “coup” des nouveaux programmes, alors que ceux en vigueur – largement approuvés – ne dataient que de 2002.

    Progressivement, l’enseignement primaire, où aucun conflit n’était attendu, va ouvrir les hostilités, pendant que le secondaire remâche avec amertume les suppressions de postes.

    Battu aux municipales, en mars 2008, le ministre perd sa mairie de Périgueux, mais sort transformé de l’épreuve. Le personnage qui s’affirme désormais est le réformateur inflexible, qui insiste sur sa proximité avec “les familles” et privilégie la mise en place du service minimum d’accueil – un projet de loi annoncé par le président le 15 mai 2008 au milieu d’une journée d’action syndicale très suivie.

    M. Darcos va ensuite d’une annonce conflictuelle à l’autre : d’abord le projet de diminution, toujours dans le primaire, des réseaux d’aide aux élèves en difficulté (Rased), puis celui de supprimer les instituts universitaires de formation des maîtres à travers la réforme dite de la “mastérisation”, devenue depuis un des motifs de la contestation universitaire.

    Les syndicats réformistes, qui se jugent ainsi bafoués, durcissent le ton. En avril 2008, face à un mouvement lycéen, le ministre annonce à la surprise générale une réforme des lycées à l’horizon de septembre 2009. A l’été 2008, il assume le chiffre de treize mille cinq cents suppressions de postes à la rentrée 2009 en répétant qu’il ne s’agit que de “l’épaisseur du trait”.

    Sa deuxième rentrée est celle d’un ministre batailleur, allant jusqu’à déclarer en novembre que “les enseignants n’ont pas les syndicats qu’ils méritent”.

    Toutefois, il conserve à son actif la généralisation des dispositifs de soutien gratuits comme les stages de remise à niveau pendant les vacances et, pour le pouvoir d’achat enseignant, la distribution de certaines primes ainsi qu’un encouragement massif à recourir aux heures supplémentaires.

    Dès novembre 2008, sur fond de crise économique, des lycéens manifestent contre la réforme en préparation, cette fois avec la bénédiction de leurs enseignants. L’Elysée, angoissé par l’exemple grec, craint les jeunes. Le 15 décembre, la réforme est reportée, puis retirée. Le ministre apparaît dans le rôle du soldat sacrifié.

    Entre des syndicats exaspérés mais impuissants, des enseignants écœurés mais fatalistes, M. Darcos, marqué de près sur le lycée par Richard Descoings, le patron de Sciences Po, et Martin Hirsch sur la jeunesse, ne cache plus sa lassitude. Il s’installe dans le rôle du ministre “grillé” mais stoïque.

    Luc Cédelle
    mercredi 27 mai 2009

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    Dépêches de l’Education
    du Mardi 26 mai 2009

    L’ARF et l’ADF plutôt opposées aux mesures Darcos pour enrayer la violence

    L’Association des départements de France (ADF) et l’Association des régions de France (ARF) ont annoncé qu’elles participeraient à une réunion sur la violence en milieu scolaire mercredi avec le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos mais qu’elles étaient plutôt opposées aux mesures préconisées.

    La création d’une “force mobile d’agents” pouvant fouiller les élèves est l’une des propositions de M. Darcos.

    L’ARF et l’ADF ont indiqué à l’AFP qu’elles seraient représentées à cette rencontre sur “la lutte contre l’introduction d’armes” dans les établissements par un fonctionnaire “mais pas par un élu”.

    “Il s’agit de manifester notre désaccord fondamental avec les propositions du ministre, a expliqué le président de la commission éducation à l’ARF et président socialiste de la région des Pays de la Loire, Jacques Auxiette.

    “En voulant mettre en place des systèmes policiers à l’intérieur des établissements, il a une attitude indigne d’un ministre d’un pays qu’on considère encore comme le pays des droits de l’homme et des droits de l’enfant”, a déclaré M. Auxiette.

    “A l’ADF, on est très circonspect par rapport aux mesures et pour la plupart de mes pairs, il y a une vraie hostilité”, a déclaré le président socialiste de l’ADF Claudy Lebreton.

    “Ce ne sont pas selon nous, les bonnes mesures” pour enrayer la violence scolaire, a-t-il dit, préférant “la force de l’éducation et de la prévention à celle de la répression”.

    “Ce sont des mesures de +comm+ (ndlr communication). Ce sont bientôt les élections européennes et comme par hasard le thème de la sécurité est en train de s’inviter par ce biais là dans la campagne électorale”, a-t-il souligné.

    mercredi 27 mai 2009

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    Dépêches de l’Education
    du Lundi 25 mai 2009

    Mesures Darcos contre la violence: les enseignants critiques

    Les syndicats d’enseignants FSU, Unsa-Education et Sgen-CFDT ont vivement critiqué les propositions du ministre de l’Education Xavier Darcos destinées, selon lui, à enrayer la violence scolaire, dans des communiqués distincts lundi.

    Dans une lettre ouverte au ministre, les syndicats FSU d’enseignants des collèges et lycées (Snep, Snuep et Snes) ainsi que des chefs d’établissements (Snupden) estiment que “la violence scolaire mérite mieux que des affichages médiatiques sécuritaires”.

    “Les mesures que vous préconisez sont inadaptées” et “contre-productives”, estiment-ils. Il “y a d’abord un travail éducatif de sensibilisation et de prévention à mener avec les élèves”, disent-ils.

    Dans une autre lettre ouverte, le SE-Unsa dénonce “le déferlement démagogique du ministre”.

    “Xavier Darcos a choisi d’endosser le costume de ministre de l’Intérieur en proposant un arsenal sécuritaire démagogique et inadapté qui ne résoudra en rien les actes de violence imprévisibles comme celui de Fenouillet” (où une enseignante a été grièvement blessée par un élève le 15 mai, ndlr).

    “L’Ecole ne doit pas devenir le lieu du soupçon permanent et de la fouille systématique”, affirme-t-il.

    Les syndicats FSU et le SE-Unsa demandent à être associés à la réunion de mercredi au ministère de l’Education sur “la lutte contre l’intrusion d’armes” en milieu scolaire”, à laquelle ils n’ont pas été conviés.

    Dans un autre communiqué, le Sgen-CFDT constate qu”‘à partir de faits divers regrettables et dans le contexte d’une campagne électorale marquée par le retour de la thématique sécuritaire sur le devant de la scène, nous assistons ces jours-ci à une lamentable opération politicienne sur le dos des élèves et des enseignants confrontés à des situations difficiles”.

    Il qualifie les mesures du ministre de “propositions irréalisables”, citant les portiques détecteurs de métaux, ou “inacceptables”, citant les “fouilles au corps systématiques des élèves par les personnels de l’Éducation”.

    “Il faut laisser les équipes éducatives travailler et leur donner les moyens de mener des actions d’accompagnements nécessaires à l’apprentissage des valeurs et à des comportements essentiels à la vie collective”, dit-il.

    Xavier Darcos met le paquet sur la sécurité et se fait chahuter

    Créé le 25.05.09 à 06h52 | Mis à jour le 25.05.09 à 06h520 commentaires

    De simples « propositions » selon lui, des mesures inadaptées,

    De simples « propositions » selon lui, des mesures inadaptées,

    voire scandaleuses pour ses détracteurs. Xavier Darcos a suscité un véritable tollé jeudi, avant d’être lâché par ses alliés politiques. Au congrès de la fédération de parents d’élèves Peep, le ministre de l’Education a proposé la fouille des jeunes, à l’aide de portiques et d’une « force mobile d’agents » à disposition de chefs d’établissements qui auraient « la compétence d’officiers de police judiciaire ». Une flopée de mesures censées rassurer après l’agression d’une enseignante dans un collège de la banlieue toulousaine il y a deux semaines.

    « On ne va pas installer des commissariats dans les écoles, ni morceler les forces de police pour créer une brigade spéciale pour chaque problème », a répondu Michèle Alliot-Marie. « Je ne crois pas à une généralisation des portiques », a également martelé la ministre de l’Intérieur. Du côté des syndicats d’enseignants et de parents d’élèves, c’est l’indignation. Même la Peep, réputée à droite, s’est scandalisée que son congrès puisse servir de tribune politique. Les syndicats, eux, réclament des moyens humains supplémentaires et certains, à l’image de l’Unsa et de la FSU, dénoncent une opération de communication participant à la diabolisation de l’école. « Le quotidien, ce ne sont pas les armes, mais les incivilités, les insultes, voire les violences légères. Le vrai travail est éducatif, avec des personnels adéquats », a affirmé Gérard Aschieri, le secrétaire général de la FSU. W

    Maud Noyon

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    Xavier Darcos sous une pluie de critiques

    Guillaume Rameaux, le lundi 25 mai 2009 à 04:00

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    Les réactions ont continué de pleuvoir ce week-end après les dernières propositions du ministre de l’Education nationale. Xavier Darcos souhaite notamment réfléchir à « une force mobile d’agents » dans les écoles, et à la possibilité de fouiller les élèves suspectés de transporter des armes, un projet qualifié de « GIGN scolaire » par le député PS Jean-Christophe Cambadélis. En formulant cette hypothèse, « on a complètement abandonné l’idée même de ce qu’est l’école », a déclaré François Bayrou en clôturant une conférence nationale du Modem, consacrée aux élections européennes. « L’éducation, ça n’est pas la loi du plus fort, l’éducation, c’est la loi du plus juste », a-t-il lancé sous les applaudissements des participants.

    L’ancien ministre de l’Education tempère toutefois la portée des mesures envisagées, « une posture électorale » selon lui. « Ils ne le disent pas pour le faire. Ils le disent parce qu’ils croient que ça va leur rapporter des voix dans quinze jours », a-t-il affirmé. Le président du Mouvement démocrate en profite pour revenir sur le conflit avec les enseignants-chercheurs. « On nous annonce que le ministère de la Recherche va être […] confié à Claude Allègre, et rattaché au ministère de l’Industrie », a poursuivi François Bayrou. « Vous allez créer des vagues de désarroi à l’intérieur de la communauté de chercheurs, parce que la France est un pays qui considère que la recherche a un sens en soi, et qu’elle ne se justifie pas uniquement par la soumission aux impératifs de la technologie et de l’industrie », a conclu le député des Pyrénées-Atlantiques.

    Élèves et parents s’unissent

    Et les doutes se font ressentir jusque dans les rangs de l’UMP. Dans une interview publiée par Le Journal du dimanche, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, confiait son scepticisme. « On ne va pas installer des commissariats dans les écoles, ni morceler les forces de police pour créer une brigade spéciale pour chaque problème », a-t-elle commenté. L’Union nationale lycéenne (UNL) et l’association de parents d’élèves FCPE ont, eux, choisi de s’associer pour contester plus fermement les intentions du ministre. Xavier Darcos « feint d’ignorer que nombre des mesures qu’il a prises depuis deux ans n’ont fait qu’aggraver le problème », soulignent les deux organisations, avant d’affirmer que « les suppressions de postes dans les établissements scolaires ne permettent pas un encadrement suffisant pour mettre en place éducation et prévention de la violence ».

    La suppression de la carte scolaire fait également son retour sur le devant de la scène à l’heure de ces débats sur la politique éducative du gouvernement. La liberté de s’inscrire dans l’établissement de son choix « n’aboutira qu’à une concentration explosive des difficultés », font remarquer l’UNL et la FCPE. Le Nouveau Parti anticapitaliste, les Verts, le Mouvement pour la France, ou encore le Nouveau Centre ont également tous sauté sur l’occasion pour monter au créneau. La campagne européenne semble bel et bien être lancée.

    Société – Article paru le 23 mai 2009

    événement

    Darcos prend les élèves en otages

    Sécurité. Portiques, vidéosurveillance, « force mobile », fouilles… Sous prétexte de lutter contre les violences scolaires, le ministre se lance dans une surenchère sécuritaire. Consternant.

    Depuis 2002, le thème sécuritaire, si cher à l’UMP, ressurgit à l’approche des échéances électorales avec la régularité d’une hirondelle au printemps. Et à ce petit jeu téléguidé depuis l’Élysée, Xavier Darcos ne donne pas sa part au chien. Il faut dire que – malheureusement – l’actualité des écoles a été généreuse avec lui. Le 15 mai dernier, dans un collège de Fenouillet (Haute-Garonne), une enseignante a été légèrement blessée au couteau par un élève de 5e. Un fait grave et rarissime. Sur lequel le ministre de l’Éducation nationale surfe grossièrement depuis une semaine, provoquant la consternation du milieu éducatif.

    Après avoir suggéré, au lendemain de l’incident, l’installation de portiques détecteurs de métaux à l’entrée de « certains » établissements, Xavier Darcos a repris, jeudi, son accent le plus martial. Cette fois, pour proposer la création d’une « force mobile d’agents » intervenant dans les collèges et lycées « sur des missions de prévention et de contrôle ». Selon l’entourage du ministre, il ne s’agirait pas de policiers mais de personnes « formées et assermentées », tels les principaux ou les conseillers principaux d’éducation (CPE), susceptibles de constater des délits, de confisquer des armes et « d’opérer des fouilles si nécessaire ». Bref, en faire des officiers de police judiciaire. Proposition gonflée qui a suscité, hier, un véritable tollé dans l’opposition et le monde enseignant.

    Inutile

    et inapplicable

    « Ce sont des fausses réponses qui ne traitent aucun des vrais problèmes auxquels on peut être confrontés dans les établissements », peste le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri. Même son de cloche chez les lycéens de la FIDL ou encore auprès d’Hervé Villeneuve, le responsable FCPE de Fenouillet. À ses yeux, l’idée de Xavier Darcos n’aurait « évidemment pas » permis d’éviter l’agression de la professeur de maths. « L’agresseur était un petit garçon tranquille de treize ans, et nous étions à mille lieues de penser qu’il aurait pu apporter une arme à l’école et passer à l’acte. On ne peut pas contrôler tous les cartables de tous les élèves, dans un établissement de 634 élèves… »

    Inutile et inapplicable. Voilà donc comment est résumée la proposition de Xavier Darcos. Mais qu’importe, doit penser le ministre. À l’évidence, celui-ci prend un malin plaisir à noircir le tableau des violences scolaires. Depuis deux mois, il ne se passe pas une semaine sans qu’il ne parle de « sanctuariser » les établissements, de les protéger du « phénomène » des bandes extérieures, d’installer de la vidéosurveillance, de surprendre ces élèves armés jusqu’aux dents… Un discours anxiogène à rebours de la réalité des chiffres qui montrent, au contraire, une certaine stabilité de la violence scolaire depuis 1993.

    une focalisation orchestrée

    D’après les derniers résultats de l’enquête nationale SIVIS (Système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire), en décembre, seul 1,2 % des faits de violence grave à l’intérieur des établissements scolaires est commis avec arme blanche et 0,1 % avec armes à feu. Les agressions à l’arme blanche dirigées contre les enseignants sont, elles, tout aussi exceptionnelles. Depuis 2007, on en recense une dizaine (cinq depuis janvier 2009), dont l’une avec une paire de ciseaux et une autre avec le contenu d’un extincteur. Des chiffres bien modestes au regard des 4,5 millions d’élèves qui fréquentent quotidiennement un collège ou lycée en France.

    « Mais à chaque fois qu’un fait divers de ce type se produit, ça génère un fort intérêt médiatique qui fait croire, à tort, à la banalisation des violences les plus extrêmes », souligne le chercheur Éric Debardieux, président de l’Observatoire international des violences scolaires. En revanche, cette focalisation, plus ou moins orchestrée, masque ce qui constitue l’essentiel de la violence en milieu scolaire : les incivilités, les conflits entre élèves, notamment les bagarres, et les agressions verbales.

    Un phénomène quotidien et problématique sur lequel le ministre se garde bien d’intervenir. Paur cause. « Seules des mesures éducatives de prévention et de dialogue avec les élèves et leurs familles sont adaptées, note le SNES-FSU. Or, les personnels de l’éducation nationale peuvent de moins en moins assurer leurs missions éducatives du fait des 30 000 suppressions d’emplois réalisées depuis trois ans. » Et il y a fort à parier que les 17 000 à 18 000 suppressions envisagées pour 2010 n’arrangeront pas la situation…

    Laurent Mouloud

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